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HERVE GUYADER

  • Pourquoi faut-il redouter que la nouvelle Route de la Soie avance ?

    Publié aux Echos

    Destinée à relier par voie ferroviaire la Chine à l’Europe, la nouvelle Route de la Soie progresse chaque jour davantage.

    Le 30 octobre restera assurément une des dates les plus marquantes de l'année 2017, du moins pour les observateurs du commerce international. Une nouvelle ligne ferroviaire relie désormais sur 838 kilomètres les capitales de l'Azerbaïdjan - Bakou - de la Géorgie - Tbilissi - et la plus grande ville de l'est de la Turquie, Kars

    Relier l'Europe à l'Asie nécessite uniquement désormais que la Turquie achève le tunnel ferroviaire Marmaray en cours de construction sur la mer de Marmara qui sépare la mer Noire au nord et la mer Méditerranée au sud. La dernière pierre est prévue d'être scellée en 2018, permettant alors un transit initial d'un million de passagers et 3,5 millions de tonnes de fret par an pour croitre, à pleine efficience en 2025, à 50 millions de tonnes par an. Elle réactive le transport terrestre continental millénaire, certains datent la Route de la Soie à 2000 ans avant notre ère, qui fut supplanté par les progrès du transport maritime plus rapide, mais ô combien plus risqué.

    Signe de l'importance de cet axe, la Chine a inscrit sa nouvelle Route de la Soie dans la charte du Parti communiste au pouvoir. En cette heure où les tentations nationalistes dont certaines tendent à la balkanisation, le cas catalan est désespérant, fleurissent en tous lieux avec leur cohorte de volontés de repli sur soi et d'isolation, la Chine présente un visage tout autre. Libéral économiquement, mais foncièrement répressif si l'on considère les libertés fondamentales et les droits de l'homme, Pékin se dévoile comme conquérante.

    Les Chinois ont bien compris que l'avenir serait manufacturier, domaine où ils ont su prendre place dominante et qu'ainsi ils pouvaient devenir le centre du futur monde laissant vieille Europe et continent américain se contorsionner dans leurs questionnements. Ils savent également nouer des partenariats utiles en cajolant, par exemple, le voisin russe dont la seule ressource, la production d'énergies fossiles, laisse envisager un avenir moribond. La prise de conscience de l'urgence écologique, qu'elle soit caricaturale ou réelle, oblige déjà les pays réservoirs à repenser leur modèle économique.

    Cette nouvelle Route de la Soie s'inscrit dans la volonté chinoise de structurer autour d'elle un espace de libre-échange que personne ne semble en état d'arrêter. TTIP - le honni projet d'accord transatlantique - et TTP - l'accord transpacifique - avaient pour but précis de continuer à faire du bloc occidental l'axe de référence du commerce mondial à une époque de guerre économique mondiale. Militants, opposants et autres dirigeants à la houppette orangée ignorants des enjeux géostratégiques peuvent réussir l'exploit de donner les clés du commerce mondial à nos amis chinois qui n'en demandaient pas tant.

    En l'état actuel, les conséquences paraissent vénielles. Les manufacturiers continuent de produire selon les normes CE, NF ou TüV et à transporter selon les prescriptions imposées par les assureurs et réassureurs. Mais demain, les Chinois pourront décider de la création de normes, qui respecteront assurément un certain nombre de critères qualitatifs, qu'ils choisiront de substituer aux nôtres, novation d'autant plus aisée à opérer que grâce à leur Route de la Soie, l'acheminement de 

    leurs fabrications sera toujours le moins cher.

    Malheureusement, le maître de la norme est le maître des affaires. L'économie numérique prospère en ayant su inventer un monde normatif inédit qu'il reste aux autres à contempler plaintifs. À ce jeu-là, nul doute que l'occident est en train de perdre, englué dans ses tergiversations.


    En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-175944-pourquoi-faut-il-redouter-que-la-nouvelle-route-de-la-soie-avance-2129723.php#ymdLGk7JwEEwxjZ1.99
  • Plaidoyer pour l’insertion d’un volet ERASMUS dans le CETA. Génération libre

    Note Publiée le 26.10.2017 sur le site Génération libre

     Le chapitre 10 du CETA, accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, reflète la volonté commune de faciliter le commerce des services et l'investissement

    « Cet appui à  la mobilité professionnelle est un signe puissant qui autorise le CETA à quitter la sphère strictement économique pour se parer d'un volet civilisationnel. Ce dernier gagnerait davantage encore à  prévoir un ERASMUS entre l'Union européenne et le Canada.»

    « Les entreprises jadis honnies par les opposants altermondialistes seraient alors appelées à être les financeurs de la mobilité et donc de l'avenir professionnel de la jeunesse vue aujourd'hui comme perdante de la mondialisation. »

    https://www.generationlibre.eu/paroles-d-experts/plaidoyer-pour-linsertion-dun-volet-erasmus-dans-le-ceta/

  • Non à un «véto climatique» dans le Ceta

    Publié aux Echos

     

    LE CERCLE/POINT DE VUE - Nicolas Hulot veut intégrer une forme de veto climatique dans le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada. Plutôt que la confrontation, cherchons le consensus.

    Dix-huit députés de La République en marche ont adressé, le 18 octobre, une lettre au Premier ministre relative au Ceta, l’accord de libre-échange signé entre l’Union européenne et le Canada.

    Le texte soulignait «l’importance de promouvoir une insertion positive de notre économie dans le marché international, alors que la France accuse un déficit commercial de 60 milliards d’euros, tout en se plaçant dans une nouvelle approche du libre-échange qui tienne enfin compte des enjeux climatiques, de santé et de solidarité».

    S’appuyant sur le travail d'expert, ces députés plaident pour la transparence dans la mise en oeuvre du Ceta, le renforcement des dispositions prévues en matière sanitaire, environnementale et climatique, et enfin la prise en compte de ces préoccupations dans les négociations commerciales à venir.

    Un droit supérieur

    Au titre des recommandations, on ne pourra que se féliciter qu’ils appellent à une association de la représentation nationale aux accords de libre-échange afin de promouvoir la transparence et la prise en compte des intérêts des citoyens.

    Il est un point sensiblement plus problématique quand nos parlementaires font leur la proposition expertale d’une forme véto climatique. Sans surprise, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, vient à son tour de porter cette proposition dont on peut penser qu’elle émanait ab initio de son cabinet.

     

    Sans que l’on décerne déjà les contours de ce véto, l’on comprend qu’il s’agirait d’un droit supérieur aux autres dont la fonction serait de faire obstruction à toute décision ou position de quelque nature juridique que ce soit qui serait contraire à un standard écologique qui resterait à définir.

    Il y a déjà là un souci de sécurité juridique puisque l’on ignore s’il l’état du droit visant à être intangible serait positif (l’état du droit actuel) ou prospectif (l’état du droit futur) auquel cas ce droit de véto reviendrait à faire de l’intérêt écologique un corpus supérieur à tout autre. Donner primauté à un droit dont la substance n’est pas précisément connue est en soi très contrariant.

    Erreur de méthode

    Pire encore, la méthode est inopportune. Quiconque, à part quelques immodérés, irait nier l’importance d’une préservation de l’environnement et la nécessité de la préservation de la planète ? L’exemple de Donald Trump jaillit aussitôt l’assertion posée. Cependant, l’excessivité du personnage empêche d’en tirer analyse.

    Il y a, il est vrai, quelques climato-sceptiques et autres farfelus. Mais, si l’on reste sur l’exemple américain, quelques acharnés du concept de liberté individuelle, dont la vision peut paraître brouillée vue d’une France où chaque citoyen se comporte avec extrême docilité, ne supportent que l’Etat fédéral puisse oser leur dicter leur comportement même pour d’excellentes raisons. A l’écologie résonne la détention d’armes.

    Sans atteindre ce niveau de répulsion, il faut admettre que le sentiment écologique français est un paradoxe infini. Alors qu’il faudrait chercher le consensus par la prise de conscience collective comme le font les pays nordiques, l’on ne trouve ici que confrontations. La guerre totale menée par la Marie de Paris contre les automobiles laisse les franciliens démunis et ne fait qu’attiser leur rancoeur.

     


    En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-175268-non-a-un-veto-climatique-dans-le-ceta-2125386.php#bFfAMACTH1REbuec.99